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Millésime 2010

2010 : LE REVE CONTINUE

Millésime…. Le mot porte en lui une sorte de saveur. Il est doux à prononcer, et coule dans la bouche. C’est presque déjà déguster le vin. Ce sont mille et une promesses dans le verre. Si l’on parle d’un vin, on commence toujours par le millésime. Fut-il le plus consciencieux du monde, le vigneron bordelais ne fait jamais deux fois le même vin. Car, il ne connait jamais deux fois le même millésime. De siècle en siècle, c’est donc lui le mot important. Les Anglo- Saxons l’ont si bien compris qu’ils utilisent le mot « Vintage ». Un joli mot qui semble fabriqué (comme par hasard) avec deux tout petits vocables français : vin et âge. Le millésime est bien l’âge du vin.

Millésime 2010….. Pour clôturer en beauté une décennie enchantée, la nature a voulu faire les choses en grand. La somme des températures, la durée de l’ensoleillement, la chaleur de l’été, la sereine douceur des vendanges, tout a concouru à des conditions climatiques exceptionnelles pour les raisins. Aucune canicule, pas de tempête, des nuits fraîches, un peu de pluie, juste quand il faut. Et une récolte sous le soleil.

Toutes les fées se sont penchées sur son berceau et il faudrait être aveugle pour ne pas voir qu’est né cette année-là le millésime le plus bordelais qui soit. Classique, plus qu’on ne peut l’être, c'est-à-dire riche avec élégance, dense avec suavité, persistant avec complexité, affranchi de l’inutile querelle des Anciens et des Modernes, loin de l’opposition Rive Droite – Rive Gauche.

Le millésime 2010 est à la fois tradition et modernité, dont il fait l’harmonieuse synthèse. C’est le classicisme absolu, une expression rarement aussi parfaite du climat, des terroirs et des cépages. A l’irremplaçable style bordelais, la main de l’homme s’est ajoutée, sans forcer son talent. La Nature avait fait l’essentiel.

« Ici, la finesse est naturelle » écrit Stendhal en venant à Bordeaux, où il admirait « la plus belle ville de France ». Sans doute parlait-il des Bordelaises, plus que des vins qu’il a par ailleurs fort goûtés. Puis il ajoute « J’aime les habitants de Bordeaux, et leur vie épicurienne, à mille lieues de l’hypocrisie ». Tel est le millésime 2010. Epicurien et naturel, et donc terriblement bordelais, comme aimait Stendhal.

Le millésime 2010 vient après d’autres millésimes excellents, signe que le 21ème siècle a bien commencé dans le vignoble bordelais. Mais il est différent de tous ceux qui l’ont précédé. Une grâce, une personnalité, une singularité l’habitent. Il semble que ce soit pour longtemps. Le rêve continue ….

D. TERS, mars 2011