2007 : UN GRAND MILLESIME DE BLANCS

commentaire de Jean Marc QUARIN
commentaire de Didier TERS

Vins blancs secs
2007 est le plus grand millésime de blancs que je connaisse. Les vins sont aromatiques au nez et présentent des structures grasses, mûres et nerveuses en bouche.

Vins blancs liquoreux
Les résultats varient de bons à excellents.

Vins rouges
Les vins sont très hétérogènes. Ils varient de bons à excellents. De nombreux crus préservent leur qualité grâce à des sélections drastiques (30% de vin à peine à Cheval Blanc, 32% à Château Margaux).

Le style des vins rouges
Les couleurs sont plutôt pourpres et sombres.
Les nez se montrent plutôt aromatiques, avec trois tendances :
- des notes vertes indiquant un fruit insuffisamment mûr, vendangé trop tôt.
- des notes fraîches, mûres et très fruitées. Ce sont les meilleurs.
- des notes de fruits cuits, sans doute vendangés trop tard.
Bouche : la tendreté, le fruit et le charme restent le dénominateur commun du millésime y compris lorsque les indices de tannins avoisinent 70. Ce point est très positif. Cette tendreté s'explique par des PH élevés. Les vins sont peu acides, ce qui les rend particulièrement agréables. En cours d'élevage, l'acidité remontant, ce millésime pourrait gagner un meilleur équilibre et un profil plus classique. Pour l'instant, les entrées en bouche sont peu présentes, les milieux peuvent manquer. Les finales varient de moyennes à longues. Elles se distinguent par leur caractère aromatique. Les tanins sont particulièrement enveloppés et sans dureté.
2007 n'est pas un millésime puissant. Pour la première fois depuis longtemps, bon nombre de crus présentent des vins en dessous de 13° d'alcool (Mouton Rothschild, Palmer, L'Eglise Clinet). Bien sûr, ils auraient pu être chaptalisés ou concentrés pour arriver à un standard de 13°, mais tel n'a pas été la volonté de leurs vinificateurs, qui souhaitent garder des équilibres naturels.
Enfin, tel qu'ils se présentent aujourd'hui en primeur, ce millésime n'apparaît pas comme une année de grande garde. Son principal atout sera de plaire tout de suite. Mais attention, il y a des exceptions qui ont su allier le charme à la densité.

Jean Marc QUARIN, 1er avril 2008


L’année 2007 restera à Bordeaux comme un très bon millésime de vins blancs secs et aussi de liquoreux, grâce à une arrière saison exceptionnelle.
Les rouges reflètent une météo bien difficile, et constituent un millésime de transition, avec des vins qui seront vite prêts à boire, et utiles pour un marché de consommation relativement rapide.

Ces vins constituent à leur manière une belle prouesse, et compte tenu des conditions climatiques, il n’est pas exagéré de considérer les plus réussis comme un défi lancé (et gagné) aux redoutables circonstances de leur naissance. Sur ce point, les viticulteurs girondins, dont les vins seront agréables à boire, ont manifesté un savoir faire et une compétence qui méritent d’être signalés.

Pour autant, ce n’est pas un cas général, et ce millésime demeure extrêmement hétérogène. Si l’on excepte les blancs, tous délicieux, il n’y a guère que l’appellation Pessac-Léognan qui affiche en rouge un niveau qualitatif homogène et général. Les grands terroirs ont parlé avec talent, et leur micro-climat a fait le reste. Ce sont des vins très bordelais, classiques, fins, avec un fruit net, où l’on retrouve ce petit goût fumé qui disparaissait naguère trop souvent sous le bois. Parmi les plus attractifs, on peut citer Carbonnieux, Haut Bailly, Latour Martillac, Fieuzal, Chevalier, Les Carmes Haut Brion, Smith Haut Lafite, Pape Clément. Ce millésime confirme aussi les progrès de Bouscaut et Olivier, qui font un retour remarqué depuis le début du siècle, parmi l’élite. La réussite globale de cette appellation, ajoutée à la qualité des vins blancs, fait penser que le millésime 2007 en Gironde est surtout l’année du Sud. L’appellation Pomerol a produit des vins agréables, parfois un peu simples a regard de millésimes plus complexes, moins denses que les années précédentes, mais pas moins plaisants, avec des tanins fins et fondus, et des arômes de fruits, doux et friands, s’ils ne sont pas masqués par un excès de barrique neuve. Ces vins seront sans doute assez vite bons à boire, et représentent à leurs façons une bonne expression de leur terroir dans un registre souple et fin, tels Petit Village, Gazin, Rouget ou Vieux Maillet.
Saint Emilion présente un cas d’école, très différent, avec des vins magnifiques, et d’autres médiocres, signe que la nature du terroir ou de l’encépagement, et l’intuition du vinificateur, ont eu à jouer cette année une forte partie. Parmi les premiers crus, on relève la qualité de Figeac, Canon, Clos Fourtet, Angelus et La Gaffelière, vins le plus souvent épicés, bien équilibrés, et conforme autant à leur sol qu’à ce millésime. De nombreux autres crus classés ont également joué une partition de terroir et de modestie, tels Corbin, Clos des Jacobins, Les Grandes Murailles, Franc Mayne ou Laroze. Dans cette catégorie, le Clos Saint Martin et Grand Corbin Despagne paraissent même au dessus du lot.

Mais s’il y a des victoires, il y a aussi des défaites, et l’amateur sera confronté au rude défi d’avoir à faire le tri parmi les très bons, les bons, et les moins bons. C’est aussi le cas de Médoc, où l’abondance des étiquettes impose une sévère sélection dans des qualités disparates. La maturité tardive des cabernets a autorisé des vendanges de bonne qualité en octobre, sous le soleil, et donné des vins de bon aloi, souvent harmonieux et consistants, mais pas tous. On y relève, comme sur la Rive Droite, des finales amères et des tanins rustiques. Beaucoup de vins sont classiques, fruités et seront rapidement bons à boire.
Le millésime 2007 a aussi révélé les progrès manifestes de crus bourgeois, dont l’image était un peu endormie à la fin du 20ème siècle, et qui se réveillent aujourd’hui pleins de promesses, tels Malleret, Villegeorges ou Larrivaux. Dans les grands crus classés et les appellations communales du Médoc, 2007 apporte de bonnes surprises, et les grands terroirs de Pauillac et de Saint Julien sont au rendez-vous de la qualité. Osons tout de même quelques coups de cœur: Monbrison, Armailhac, Angludet, Le Tertre, Pontet Canet, Saint Pierre, Kirwan, Giscours, Batailley, Belgrave.

Au total, il semble que l’on n’aurait pas pu faire beaucoup mieux, compte tenu des conditions climatiques. Et il parait à peu près certain que les soins importants apportés à la vigne, ainsi que les progrès constants de l’œnologie, ont contribué à sauver un millésime qui eût été sans nul doute infiniment plus médiocre il y a vingt ans.

Didier TERS, avril 2008

 

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